Appel à communication : Cadres et espaces dans le monde anglophone. Stratégies d’appropriation et d’affranchissement

Cadres et espaces dans le monde anglophone. Stratégies d’appropriation et d’affranchissement

 15-16 octobre 2021

 UR SEARCH 2325, Université de Strasbourg

 Invités d’honneur : Anne-Laure Amilhat Szary (géographe, Université Grenoble Alpes) et Paul Duro (historien de l’art, University of Rochester)

 Après plusieurs colloques et publications sur la frontière, SEARCH (UR2325) poursuit son travail sur l’espace et sa délimitation en se penchant sur la question du cadre et de ses significations artistiques, littéraires, historiques, sociologiques ou géographiques.

 Nous nous intéresserons d’une part aux opérations d’isolement et de circonscription d’un espace, comme dans l’art du paysage, et d’autre part à la « production de l’espace » (Lefebvre), sans pour autant nécessairement opposer ces deux dimensions l’une à l’autre. L’espace sera entendu au sens physique et géographique, mais aussi au sens social (les espaces sociaux et leurs règles) et au sens matériel (le tableau, la page, la scène, l’espace photographique ou cinématographique...). Le concept de cadre permettra d’envisager les modalités selon lesquelles on structure ou on déstructure l’espace, en accord avec les normes ou par leur transgression. Ces cadres peuvent être matériels, géographiques ou visuels, mais aussi sociaux, idéologiques ou épistémologiques. Ce sont ces cadres eux-mêmes, mais aussi la manière dont ils organisent notre expérience (Goffman), la façon dont on les crée ou on cherche à les abolir, les modalités selon lesquelles on les subit ou on les impose, qui seront au cœur de nos interrogations.

 Délimiter

La notion de cadre implique une dualité intérieur/extérieur et un rapport d’inclusion, qui peut intégrer une dimension hiérarchique. Elle entraîne également la possibilité d’une transgression, ainsi qu’un certain nombre d’interactions entre le dedans et le dehors (Heller-Andrist). On pense à des opérations fondamentales de délimitation de l’espace comme l’Ordonnance du Nord-Ouest (1787) qui organisa la répartition mais aussi l’expansion du territoire des États-Unis, ou au quadrillage de Manhattan. Le cadrage géographique correspond ici déjà à un cadrage conceptuel et/ou idéologique, qui peut évoluer au fil du temps : on n’hésitera pas ainsi à montrer le changement des repères spatiaux lié par exemple à la conquête de l’Ouest, ou bien encore aux effets du dérèglement climatique. Pour ce qui est des arts et de la littérature, on pourra se pencher sur les cadres qui délimitent l’œuvre en circonscrivant son espace (cadre du tableau, espace de la page, etc.) ou encore interroger les tentatives de remise en cause du cadre, que ce soit par transgression, dissolution ou extension du cadre, de l’anti-art dadaïste aux Happenings, ou encore au Land art.

 Concevoir

La délimitation d’un espace peut difficilement s’envisager sans une forme de conception de cet espace, qu’il s’agisse d’appréhender un espace pré-existant ou bien de concevoir un nouvel espace (Derrida), comme peut le dénoter le verbe anglais « to frame ». Cette conception peut résulter des rapports de pouvoir, et relever d’un mouvement d’appropriation ou de confiscation de l’espace, comme le montre le découpage de l’Afrique entre États coloniaux officialisé lors de la conférence de Berlin (1884-5), ainsi que les controverses sur la dimension genrée de l’aménagement urbain ou des cours de récréation. Cela vaut aussi pour les cadres historiographiques en tant qu’ils appliquent les régimes spatiaux d’une époque à des époques passées. La peinture de paysage ne délimite pas un espace tant qu’elle le construit. Cette construction constitue le paysage en objet en même temps qu’elle fait émerger un sujet qui regarde cet objet. Le cadre, davantage qu’une interface, devient ainsi la trace de cette opération de répartition. Pour Latour, la dichotomie même de nature et culture conduit à l’émergence de la nature en tant qu’objet que s’approprie et qu’exploite le sujet occidental. Ainsi, la notion de cadre peut servir de point de départ à une réflexion sur l’espace non pas en tant que donné, mais bien plutôt en tant qu’ensemble de relations. La littérature construit elle aussi des espaces par la représentation, tandis que les formes et genres littéraires, comme du reste les « règles de l’art », créent des rapports d’inclusion et d’exclusion.

 Encastrements, superpositions, télescopages

Plusieurs phénomènes de cadrage peuvent se compléter, se superposer ou entrer en conflit. Dans le tableau, on pourra s’intéresser à l’image dans l’image, aux phénomènes de dédoublement, emboîtement, encastrement etc. (Stoichita), c’est-à-dire d’agencement des cadres les uns par rapport aux autres. On portera également une attention toute particulière aux phénomènes de transmédialité et d’intermédialité, qui sont propices au cadrage « hétéromédial » (Wolf & Bernahrt), qu’il s’agisse de l’ekphrasis ou de l’hypotypose en littérature, de la mise en relation du texte et de l’image dans l’art de l’emblème, des arts visuels et du performance art, de l’art et de l’intervention politique, ou de la transposition aux médias électroniques de l’espace du tableau ou de la page. Il peut s’agir aussi, grâce aux phénomènes de télescopage des cadres, de mieux comprendre comment ils fonctionnent, s’opposent, se renforcent, se transforment et permettent une circulation entre le dedans et le dehors.

 Nous encourageons les propositions touchant à tous les pays de l’aire anglophone, quelle que soit l’époque abordée. Nous envisageons la publication d’une sélection de travaux issus du colloque.

 Les propositions de communication pourront s’intéresser à :

 Cadres esthétiques

Cadres et connaissance 

Cadres et pouvoir

Production de l’espace

Espaces sociaux et leurs règles

Cadres de la représentation

Normes et transgressions du cadre

L’évolution des cadres

Intermédialité/transmédialité

 

Les propositions de communications en anglais ou en français (300 mots) accompagnées d’une courte notice biographique sont à adresser à Pauline Collombier-Lakeman (collombier[at]unistra.fr) et Rémi Vuillemin (vuillem[at]unistra.fr) avant le 31 mai 2021.

  Comité d’organisation : Sandrine Baudry, Pauline Collombier-Lakeman, Gwen Cressman, Yves Golder, Hélène Ibata, Monica Manolescu, Mélanie Meunier, Fanny Moghaddassi, Ghislain Potriquet, Rémi Vuillemin.

 

 Framing/unframing spaces in the English-speaking world

UR SEARCH 2325, University of Strasbourg

 October 15-16, 2021

 Keynote speakers: Anne-Laure Amilhat Szary (geographer, University of Grenoble Alpes) and Paul Duro (art historian, University of Rochester)

 After having organized several conferences and published several collective volumes on borders, the SEARCH research group at the University of Strasbourg pursues its research on space and its organization by addressing the issue of frames and their artistic, literary, historical, sociological and geographic significance.

 The conference seeks to study operations of isolating and circumscribing space, as is the case in landscape painting, and also the “production of space” (Lefebvre), without setting the two in opposition. Space is understood in a physical and geographical sense, but also in a social sense (social spaces and their rules) and a material one (the canvas, the page, the stage, photographic or cinematic space, for instance). The notion of frame opens up a reflection on the ways in which space is constructed or deconstructed, according to norms or against them. Frames can be material, geographical or visual, but also social, ideological or epistemological. We seek to explore frames, but also the ways in which they organize experience (Goffman), the ways in which we create them or seek to abolish them, the ways in which we experience them or impose them.

 Delimiting space

 Frames imply a duality between inside and outside, and a relationship of inclusion, which is often informed by a hierarchical dimension. They also lead to transgression and interaction between inside and outside (Heller-Andrist). Such was the case in fundamental operations of delimiting space like the Northwest Ordinance (1787), which organized the division and the territorial expansion of the United States, and the Manhattan grid. This geographical framing corresponds to a conceptual and/or ideological framing, which may evolve over time. From this perspective, it is useful to address the evolution of spatial landmarks related to the Western expansion of the United States, or to the effects of climate change. Regarding the arts and literature, the frames that delimit the work can be studied in terms of how they circumscribe space (as with picture frames or the space of the page, for example). Another possibility is to study the attempts to break the frame, be it through transgression, dissolution or extension, from Dada to Happenings to Land Art.

 Conceiving space

 Delimiting space is inextricably bound with a certain understanding of the latter, be it the apprehension of a pre-existing space or the emergence of a new space (Derrida), as the English verb “to frame” denotes. This conception can be the result of a power struggle or be entangled with attempts to appropriate and confiscate space, as demonstrated by the carving up of Africa at the Berlin conference (1884-5) or the controversies surrounding the gendered dimension of urban planning and schoolyards. This is also true of historiographic frames insofar as they apply the spatial regimes of a given era to a past era. Landscape painting does not delimit a space as much as it constructs one. This construction constitutes a represented object while simultaneously giving rise to a subject observer. Rather than an interface, the frame becomes the mark of this act of separation. For Latour, the dichotomy between nature and culture leads to the emergence of nature as object appropriated and exploited by the Western subject. Thus, the notion of frame can be a starting point for an exploration of space not as a given, but rather as a series of relations. Literature also constructs spaces of representation. Literary forms and genres create relations of inclusion and exclusion, as do all artistic rules.

 Embedding, superposing, telescoping spaces

 Multiple framing phenomena can coexist and complement, superpose, or collide with one another.  In a painting, mise en abyme and related effects of duplication, embedding and in-building (Stoichita), in other words the relationships among various embedded frames, make apparent the semantic potential of such superimpositions. Phenomena of intermediality and transmediality deserve further scrutiny in this context, since they are particularly suitable for “heteromedial” framing (Wolf & Bernhart), be it ekphrasis or hypotyposis in literature, the relation between text and image in the art of emblems, visual arts and performance art, in political art and action, or the transposition of the canvas/the page to electronic media. The study of these heteromedial phenomena will allow us to better understand the nature of the varied relationships of opposition, reinforcement and transformation among frames, more specifically how they regulate the circulation between inside and outside.

 We encourage proposals on all English-speaking countries and all historical periods. We intend to publish a selection of papers in a peer-reviewed publication.

 Possible topics:

 Aesthetic frames

Frames and knowledge

Frames and power

Production of space

Social spaces and their rules

Frames of representation

Norms and transgressions related to the frame

Evolution of frames

Intermediality/transmediality

 Paper proposals in English or French (300 words) accompanied by a short bio should be sent to Pauline Collombier-Lakeman (collombier[at]unistra.fr) and Rémi Vuillemin (vuillem[at]unistra.fr) by May 31, 2021.

 Organizing committee: Sandrine Baudry, Pauline Collombier-Lakeman, Gwen Cressman, Yves Golder, Hélène Ibata, Monica Manolescu, Mélanie Meunier, Fanny Moghaddassi, Ghislain Potriquet, Rémi Vuillemin.